Fred Lejeune vice-champion de l’International Rally Championship !
Suite au succès médiatique et populaire du Tour de France Moto, la Fédération Internationale Motocycliste a eu l’excellente idée de donner naissance, en 2007, à un nouveau championnat : l’IRC (International Rally Championship ). Composé cette année de deux épreuves, elle devrait déjà s’étendre à quatre pour la saison prochaine et deviendrait de ce fait un Championnat du Monde à part entière.
C’est en Belgique, au mois de mai dernier, qu’a eu lieu la première confrontation, dont était brillamment sorti vainqueur Fred Lejeune. Bien décidé à confirmer sa place dans la cour des grands, Fred a clôturé cette saison de très belle manière, en prenant la place de vice-champion, au terme d’un Tour de France Moto extrêmement serré. Au guidon de sa BMW HP2 Megamoto, il ne manque la plus haute marche du podium que de 8/10ième de secondes ! |
|
Petit résumé avant le départ de la dernière manche du championnat : Fred a, comme nous venons de l’écrire, remporté la première course sur ses terres, suivi des Français Wilfried Tallone, du multiple Champion du Monde d’endurance Jehan d’Orgeix, et de François Flick (un habitué du Paris-Dakar). Denis Bouan, le précédent vainqueur du Tour de France Moto n’arrivant qu’en 8ième position du classement provisoire IRC.
|
Le pilote de l’équipe Lejeune Motosport est conscient que la manche française va être difficile pour lui et sa BMW HP2. En effet, les 3 spéciales de type « circuit » seront prépondérantes. Et si la BMW est à l’aise sur tous les types de terrains, elle n’est, par définition, pas aussi affûtée sur circuit que les hypersports dont disposent ses 3 adversaires les plus directs du championnat, d’Orgeix, Tallone et Flick…
Pour Fred, la mission est claire : s’il veut conserver sa place en tête du Championnat, il devra limiter les dégâts sur circuit par rapport à ces pilotes, et faire la différence dans les spéciales routières…et les bases chrono !
|
Reims-Reims - dimanche 7 octobre – 308 Km
Après une courte nuit au son des klaxons des supporters de l’équipe française de rugby, les pilotes se rendent au circuit parisien de Carole pour la première spéciale. Frédéric prend un excellent départ dans la roue de Bouan, sur sa Buell XB d’usine. Il gère parfaitement sa course et termine à seulement 10 petites secondes de d’Orgeix sur Honda CBR qui, mal parti, a réussi à remonter tous ses adversaires. En revenant au parc d’assistance de Reims, dernière spéciale du jour à Jonchery. Fred est confiant, et il confirme en signant le 2ième temps, 1,8 secondes derrière Denis Bouan. D’Orgeix est loin, à la 11ième place, à plus de 4 secondes.
Mission accomplie : Fred est 4ième au général au soir du premier jour.
Reims-Val de Reuil – lundi 8 octobre – 338 Km
Le lendemain, base chrono et spéciale à Orival. Malgré le piège tendu par l’organisateur (une arrivée de base chrono factice !), la spéciale de régularité ne départage pas nos lascars puisque Fred, Denis et Jehan prennent tous trois une seule seconde de pénalité. A Orival, Fred est optimiste : la fin de spéciale, très typée enduro, devrait bien lui convenir. Comme souvent dans ces cas là, c’est tout le contraire qui se passe : il loupe un freinage, tire tout droit, et perd 9 secondes sur Bouan. Seule consolation : Jehan, en proie à des soucis d’embrayage depuis le début du rallye, s’en tire encore plus mal que lui. Bilan : Bouan est en tête du général, puis viennent Rousselin, d’Orgeix et Fred.
Val de Reuil – Val de Reuil – mardi 9 octobre – 410 Km
Au menu du mardi, circuit à Croix en Ternois et spéciale à Belbeuf. A nouveau, Fred prend un super départ, se bat avec d’Orgeix encore une fois mal parti, et termine finalement 6ième, à seulement 7 secondes de d’Orgeix, imbattable malgré ses problèmes mécaniques. A Belbeuf, le scénario de la première journée se reproduit : Fred signe le second chrono. D’Orgeix, pas toujours à l’aise dans ce type de spéciale, lui concède plus de 7 secondes.
Même s’il donne l’impression de stagner en 4ième position du général cumulé, Fred a respecté le tableau de marche établi : après deux circuits, il n’a lâché que 9 secondes à d’Orgeix. Tallone est loin de lui à 18 secondes, et François Flick reste menaçant à 1 seconde de Fred. Honnêtement, on s’attendait à bien pire ! Quant au cavalier seul de Denis Bouan qui est depuis le premier jour le patron du tour, il n’est pas trop inquiétant dans la mesure où le Parisien était loin au Belgian Moto Tour.
Val de Reuil – Magny Cours – mercredi 10 octobre – 466 Km
Le jour suivant, la caravane du Moto Tour quitte le nord pour descendre vers Magny Cours, où elle fera étape.
Jusqu’à présent, le parcours routier a plus ressemblé à une interminable épreuve du code de la route qu’à un rallye : tous les pilotes roulent sous la menace des radars de l’organisation, pas très rock ‘n roll tout ça ! Heureusement, en quittant progressivement les grands centres urbains, nous empruntons de plus en plus de petites routes tortueuses, et le brouillard qui les couvre aux heures impossibles où les pilotes sont lâchés, rend le pilotage un peu plus intéressant. |
|
En chemin vers le circuit, nous attend une deuxième base chrono, que Fred (imité par François Flick) loupe généreusement puisqu’il se prend 5 secondes de pénalité, contre 2 à Jehan et Denis. Ca, c’est le genre de cadeau qu’il faut éviter à tout prix ! A l’arrivée à Magny Cours, spéciale sur le circuit école où Fred concède une nouvelle grosse seconde à d’Orgeix et Flick.
On ne va pas se coucher tout de suite, puisque la course sur le circuit F1 aura lieu après le coucher du soleil. Celle-là, c’est l’épreuve que nous redoutons le plus ! Les rumeurs font état de chronos astronomiques de la part de d’Orgeix sur ce circuit. Et comme la garde au sol limitée de la HP2 ne permet pas au pilote BM de passer en courbe aussi vite qu’il le souhaiterait, il s’attend à perdre beaucoup de terrain sur la Honda. Heureusement pour Fred, l’embrayage de cette même Honda est toujours aussi récalcitrant ! Jehan loupe une nouvelle fois son départ, et perd beaucoup de temps pour remonter un à un des pilotes qui ne lui font pas de cadeaux ! A l’arrivée, Jehan a les boules, et Fred est aux anges : seulement 16 secondes concédées à d’Orgeix. Cela peut paraître énorme, mais avant la course, nous tablions sur un écart de plus de 30 secondes : l’équipe garde le sourire !
Bon, nous sommes exactement à mi-course, les trois épreuves sur circuit sont passées, Fred a terminé de manger son pain noir. Au général, il est retombé à la 6ième place, à 34 secondes de Bouan, 31’ de d’Orgeix, 17’ de Flick, un peu plus de 3’ de Donischal et de Stey.
L’équipe fait les comptes et tire ses plans pour les quatre derniers jours de course. Personne ne voit d’Orgeix et sa Honda boiteuse remonter sur Denis. Si Fred veut être champion, deux scénarios restent envisageables : soit Jehan reste deuxième du Moto Tour, et il faudra à Fred remonter à la troisième place, soit Jehan redescend dans le classement, et la quatrième place sera suffisante. Fred doit donc se débarrasser des intermédiaires gênants que sont Bertrand Stey, Philippe Donischal et François Flick. En ce qui concerne Bertrand , on ne se fait pas trop de mourron : c’est un excellent pilote de vitesse, mais on sait qu’il n’a pas reconnu profondément le parcours. Donischal, c’est un peu l’invité surprise. On ne comptait pas sur lui, et on ne sait pas s’il va garder le même rythme jusqu’au bout. François Flick nous inquiète beaucoup. Il a roulé extrêmement vite jusqu’à présent, et nous savons qu’il devrait en être ainsi jusqu’à la fin.
|
Assez cogité ! Pour Fred, la course commence vraiment maintenant, et il va falloir se cracher dans les mains ! Jusqu’à présent, il faut reconnaître que c’était plutôt vacances sur le Moto Tour.
Mais ce mercredi a été long, avec cette spéciale de nuit et le jeudi s’annonce très éprouvant avec les spéciales d’Aigrefeuille et du Mont Dore de jour, puis de nuit ! En fait, tout semble s’accélérer, puisque nous savons déjà que la liaison de 620km vendredi sera costaude et que samedi ne nous permettra toujours pas de souffler puisque cette étape cumulera une boucle de jour, et une boucle de nuit. |
Magny Cours – Clermont Ferrand – Jeudi 11 octobre – 558 Km
Continuons donc le parcours avec la très belle journée du jeudi qui nous amène dans le Morvan sur la spéciale d’Aigrefeuille, où Fred reprend 4 secondes à Jehan, 8’ à Bertand (qu’est-ce qu’on vous disait ?), plus d’une et demie à François, mais concède une bonne seconde à Philippe Donischal. Ensuite, direction l’Auvergne pour le Mont Dore, splendide spéciale dans la montagne, qui réussit parfaitement à Fred : il signe son premier scratch (il était temps !), reprend la seconde perdue l’avant-midi sur Philippe, et grignote de nouveau 5 bonnes secondes à Jehan, et 40’ à François, qui a chuté ! Le Moto Tour, c’est aussi cela. La course est longue, il faut être patient, ne pas se précipiter. Au niveau de compétition actuel, toute erreur est devenue éliminatoire !
Fin de la parenthèse, car après être rentrés au parc de Clermont Ferrand, nous repartons de nouveau vers le Mont Dore, pour y disputer la même spéciale, mais de nuit ! Quand j’écris la même, ce n’est pas tout à fait exact : le brouillard est en train de tomber sur la montagne, et la spéciale sera amputée de sa dernière moitié. Sage précaution de la part de l’organisateur, mais qui ne sera pas suffisante, car les 3 derniers virages restent plongés dans la brume, et les pilotes devront les négocier pratiquement à l’aveugle. Frédéric ne s’en tire pas trop mal : il réalise un bon 3ième temps, qui lui permet de diminuer son retard sur d’Orgeix de 6 secondes et de se rapprocher à moins de 2,5 secondes de Philippe Donischal. Tout roule !
Clermont Ferrand – Toulon – Vendredi 12 octobre – 620 Km
Après une (trop) courte nuit, les pilotes repartent dans un épais brouillard, cap plein sud, jusqu’à Toulon, en passant par le circuit d’Ales, où a lieu une spéciale très particulière, mélangeant circuit et petit chemin tortueux sur terre. Cela devrait bien convenir à la Mégamoto. Fred en fait un peu trop, retarde exagérément un freinage, et fait un tout droit qui lui fait perdre beaucoup de temps. Il ne réalise que le 7ième temps dans une spéciale où il pensait les mettre tous d’accord ! Une mauvaise nouvelle arrive rarement seule : en fin de spéciale, la courroie de transmission de la Buell de Denis Bouan casse, et Denis termine en poussant sa moto. Ce qui a pour effet de bouleverser le classement au soir du 6ième jour : d’Orgeix reprend la tête pour un peu plus d’une seconde sur Bouan. Ensuite viennent Donischal, puis Fred à 5 grosses secondes de cette troisième place tant convoitée.
|
Toulon – Toulon – Samedi 13 octobre – 348 Km
Le samedi matin, sous le soleil, a lieu la première spéciale de la journée à Pourrières. Fred la redoute un peu, cette spéciale. Pas très rapide, avec d’incessants changements de direction, il va de nouveau être handicapé par la garde au sol de la HP2. Tous comptes faits, cela ne se passe pas trop mal : il ne perd que 2 secondes sur Donischal, mais en reprend de nouveau plus de 4 à Jehan, qui doit rendre la tête de la course à Denis Bouan. L’après midi, à Puget Ville, Fred reprend encore une seconde et demie à Jehan, mais laisse échapper une autre seconde sur Donischal.
|
La journée n’est pas encore terminée, il reste une dernière boucle de nuit, avec une base chrono surprise, qui va bien tenir ses promesses !
En effet, par définition, les bases chronos se parcourent généralement à une allure de sénateur, à 60km/h de moyenne. Mais cette fois, les gentils organisateurs ont prévu une fin de spéciale sinueuse à souhait, dans laquelle cette moyenne va s’avérer beaucoup moins évidente à tenir. Jehan d’Orgeix en fait les frais, puisqu’il y perd tellement de temps qu’il se fait passer au classement général par Philippe Donischal ! A la veille du dernier jour, Denis Bouan est toujours solidement accroché à la première place. Arrivent ensuite Donischal, puis Jehan d’Orgeix et Frédéric.
Toulon – Toulon – Dimanche 14 octobre – 22 Km
Au matin du dimanche, Fred est donc en tête du Championnat IRC ! Reste une dernière spéciale au Mont Faron. Comme il la sent bien, Fred y donne tout ce qu’il a, et la remporte avec un style spectaculaire et des freinages tout en glisse !
Malheureusement pour nous, Philippe Donischal n’a pas reconnu le Mont Faron, et le négocie tellement mal, que d’Orgeix en profite pour repasser devant !
Au classement général du Moto Tour, Fred conserve sa 4ième place.
Il est donc vice-champion IRC, à seulement 8/10ième de seconde du titre !

Fred et l’équipe ne savent pas trop s’il faut en rire ou en pleurer… C’est vrai qu’un titre de champion, c’est le top. Mais vice-champion, c’est un excellent résultat pour Fred et BMW ! Fred a mené sa course avec énormément de patience et d’intelligence (notez tout de même que l’équipe a eu du travail pour le calmer ! Certains briefings du team ont été plutôt « chauds » !).
L’assistance a fait du super boulot. Fred reviendra l’an prochain encore mieux préparé, au guidon, nous l’espérons, d’une moto qui ne l’handicapera plus sur circuit. Ca va chauffer pour le titre de Champion du Monde, la saison prochaine ! Nous avons donc toutes les raisons d’être fiers de nous. Ce soir, on va enfin pouvoir lâcher la pression, on part faire le tour du parc, rendre visite aux concurrents-copains, pour terminer la soirée autour d’un buffet génial, préparé par le pauvre Néné (sa moto a cassé dans la dernière spéciale, alors qu’il avait réalisé une course de toute beauté !), avec l’équipe de Denis Bouan, qui nous a gentiment invités à prendre UN verre… Hum, s’il avait su !
Vivement l’an prochain !
Le Team Lejeune Motosport |