Moto-Tour 2006 : spectacle et podium pour BMW-Lejeune Motosport !
Le mototour, ça vous dit quelque chose ? Anciennement appelé « Tour de France moto », c’est un rallye routier qui sillonne la France du nord au sud, réunissant étapes de liaison à 60 km/h de moyenne, spéciales routières, spéciales sur circuit et bases chronos, le tout de jour comme de nuit.
Entre 1973 et 1981, des générations de pilotes Français tels que Rigal, Estrosi, Rigoni, Vassard, Fontan, y ont brillé.
En 2004, ce même Marc Fontan a eu l’excellente idée de faire renaître le rallye de ses cendres. Cette première ré-édition a été remportée par l’ex-pilote de GP Dominique Saron, et les deux suivantes par le spectaculaire Serge Nuques.
C’est une course extrêmement populaire là bas, dans laquelle des structures officielles comme Yamaha France, KTM, etc… investissent beaucoup.
Des rumeurs courent déjà à propos de l’organisation d’un futur championnat FIM de la spécialité, avec des épreuves européennes…
Le mototour s’est d’ailleurs déjà bien internationalisé puisque de nombreux pilotes belges, italiens et espagnols s’alignent au départ…
Et vous savez quoi ? Cette année, un Belge a mené une bonne partie de la course, pour finalement terminer à une magnifique troisième place !
Et croyez-moi qu’il a fallu à Fred Lejeune bagarrer ferme jusqu’au bout pour monter sur le podium très convoité d’une épreuve en passe de devenir la plus populaire de France !
Tout avait commencé un an plus tôt quand Eric et Fred avaient pointé le bout de leur nez en occupant respectivement les 2eme et 5eme places du classement général, avant de se retirer pour montrer leur désaccord à propos d’une pénalité encourue suite à une erreur de l’organisation elle même. Nos deux loustics n’étaient pas vraiment heureux de l’issue de leur premier contact avec le rallye, mais ils étaient tombés sous le charme d’une épreuve hors du commun, et il faut bien dire qu’ils tenaient à montrer que leur apparition tout en haut du classement n’était pas l’effet du hasard, que leur expérience d’enduristes mais également de pilotes de vitesse étaient de sacrés atouts.
Bref, ils avaient chopé le virus, et quelques mois plus tard, le team Lejeune Motosport rempilait et on pouvait voir les deux frères et leurs BM R1200S tourner sur les circuits et reconnaître les spéciales routières en juillet et en août. Tout se mettait progressivement en place pour affronter plus de 3000km de liaisons corsées entre Reims et Toulon, 3 spéciales circuit et 12 spéciales routières réparties sur 8 (longues) journées.
Les choses sérieuses commençaient le 24 septembre dernier, la caravane du tour quittait Reims pour l’île de France, avec une première spéciale sur la piste humide et piégeuse de carole. Eric et Fred, bien aidés par l’ABS de leurs BM, jouaient des coudes pour se frayer un passage parmi les spécialistes français de la vitesse tels que Fred Moreira (Honda CBR 1000) et l’ex-champion du monde Jehan D’orgeix (Triumph 675). Pendant ce temps, le multiple vainqueur et grand favori Serge Nuques se mettait (déjà) une première fois au tas, imité l’après-midi par Moreira qui se sortait dans le premier virage de la spéciale de Jonchery, ruinant sa moto et tous ses espoirs. Eric quant à lui ne chômait pas et mettait tout le monde d’accord en remportant la spéciale. Cette première journée se terminait avec les deux frères classés en troisième et quatrième position au général.
Le lendemain, spéciale routière aux cerisiers puis direction Magny cours pour six tours de circuit de nuit durant lesquels Eric et Fred avaient pour objectif de limiter les dégâts vis à vis de Jehan D’orgeix, facile vainqueur de cette course. Il faut dire qu’il avait eu tout le temps de peaufiner ses trajectoires pendant le bol d’or quelques semaines auparavant…
Mardi matin, une petite spéciale sur la piste de kart du circuit, une autre sur la piste de l’école de pilotage (à l’occasion de laquelle Nuques se gaufre une nouvelle fois), puis départ pour l’étape marathon entre Nevers et Castres. 637 bornes de petites départementales, de ruelles pleines de gravillons, boue et autres joyeusetés. Le tout de bonne partie de nuit, puisque l’arrivée du premier expert est prévue à 23 heures. Un vrai régal, les aficionados des boucles de Theux savent de quoi je veux parler !
Au menu du quatrième jour, course circuit à Albi, spéciale à Villecomtal et on termine par une spéciale de nuit à Fialesuch, près de Castres.
Il va s’en passer des choses, ce jour là !
Tout d’abord, Serge Nuques tombe à nouveau sur le circuit d’Albi. Vous avez dit pression ?
Ensuite, il faut se rappeler que nous sommes en France. Et qui dit France dit radars !
Jusqu’à présent l’organisateur a contrôlé les vitesses excessives dans les villages, ce qui est une bonne chose.
Mais ce mercredi, il a décidé sans prévenir personne, de faire également des contrôles hors agglomération! C’est (évidemment) l’hécatombe : D’orgeix et Pinchedez prennent 5 secondes de pénalité, Haquin une minute et Denis Bouan, en tête du mototour depuis le début, 2 minutes ! Je ne vous raconte pas comment ça a hurlé au briefing pilotes ce soir là ! Le sympathique Patrick Bournisien, alors classé dans le top ten en promos ne repartira pas en signe de protestation…
Les Lejeune quant à eux sont passé à travers les mailles du filet ayant décidé dès la veille de s'appliquer à respecter au mieux toutes les limitations et à compenser par un rythme soutenu dans les ruelles.
Apres avoir de nouveau bien limité les dégâts sur circuit, Eric tente de passer la surmultipliée à Villecomtal, de même que D’orgeix qui subit la pression de ses poursuivants. Ils chutent tous les deux ! Malheureusement pour lui, Eric s’abîme une vertèbre dans sa gamelle lorsque la moto lui retombe sur le dos, et il va souffrir le martyre toute cette longue journée.
Heureusement, il y a un break de plusieurs heures au parc de Castres, avant la spéciale de nuit Un kiné local retape un peu Eric, qui pourra continuer.
Mieux que ça, il sort une nouvelle fois le grand jeu dans la spéciale de nuit, avec plus de chance cette fois, puisqu’il y réalise le 2eme temps !
Avant d‘aller plus loin, jetons un petit coup d’œil sur le classement général au matin du cinquième jour.
D’orgeix est en tête, Eric second et Fred troisième. Denis Bouan a été rétrogradé en septième place après sa rencontre avec le flash de l’organisation.
La position des Lejeune est tactiquement très intéressante.
Ils pensent pouvoir rattraper D’orgeix, qui a mangé son pain blanc avec les circuits, et devrait bientôt attaquer le noir car il ne reste plus que des spéciales routières. Ils ne craignent pas vraiment leurs poursuivants les plus proches, le plus grand danger restant Bouan, car le jeune pistard Français et sa Buell vont vite sur circuit, naturellement, mais également en spéciale en ligne.
Apres une très courte nuit, départ à 6heures pour rallier Toulon par 580 km de petites routes. Une nouvelle liaison intéressante car brouillard et brumes matinales rendent la progression difficile. Ajoutez à cela la menace du radar qui empêche les pilotes de rouler comme des malades dès qu’un bout droit se présente, il faut vraiment attaquer dans les ruelles pour pointer à l’heure !
En chemin a lieu la spéciale du col de Murs. Eric tente à nouveau de forcer son talent, se fait éjecter de la moto après une grosse sucette. La moto ne repartira plus, contacteur HS.
Si on refait un bilan provisoire, Fred est maintenant deuxième, à moins de 2 secondes de D’orgeix. Il est suivi par Pichedez à 15 secondes, Detot à 18 secondes, et Bouan à 25 secondes.
Je n’ai pas encore beaucoup parlé de Fred depuis le début… Fred est un gars discret, il roule intelligemment, il ne se précipite pas. Il sait que le rallye est long, et que tous ceux qui ont tenté de forcer la chance l’ont payé cash. Il est très confiant pour la suite. Il a tout en mains pour reprendre D’orgeix.
Et c’est ce qu’il fait dès le lendemain ! Il colle au total 7 secondes à Jehan dans les spéciales de Valensole et d’Allemagne en provence, et prend la tête du classement le soir du vendredi !
Samedi est encore une journée chargée. A programme, spéciale au col de Bleine, spéciale de nuit au mont faron, et entre les deux, une base chrono.
Fred fait un excellent deuxième temps à Bleine, il augmente son avance sur D’orgeix, et reste bien à l’abri de la remontée que Bouan a entamé. La victoire est à sa portée. Il ne reste plus qu’une « bête » base chrono, le Faron (qui sera annulé pour cause de brouillard) et la spéciale de Puget ville le dimanche, et l’affaire est dans le sac.
Les bases chronos, vous voyez ce que c’est ?
Le principe est très simple : il faut respecter au mieux une moyenne de 60km/h entre un point de départ et un point de contrôle inconnu. Un jeu d’enfant, d’autant plus que Fred compte utiliser un GPS qui va lui afficher sa moyenne en temps réel.
Et c’est la cata ! Après avoir réinitialisé son appareil au départ de la base, Fred se rend compte après quelques centaines de mètres que le GPS ne mesure absolument rien ! Il se rabat alors sur sa montre et le trip de la moto, mais il ne sait pas depuis combien de temps il est parti. Comble de malchance, il cherche des yeux son heure de départ sur sa feuille de route, mais les contrôleurs ne l’ont pas indiquée au bon endroit ! Il se prend 29 secondes dans cette stupide base chrono. Quand on voit les risques qu’il faut prendre pour grappiller quelques secondes en spéciale, c’est désespérant ! A ce moment précis, Fred passe donc virtuellement en troisième position derrière D’orgeix (qui a un peu foiré également sa base chrono), et Bouan qui reprendrait la tête.
J’écris « reprendrait » car un autre évènement survient. Ci-dessus, j’ai mentionné que l’heure de départ de la base chrono n’a pas été indiquée au bon endroit sur la feuille de route par un commissaire. Et au CH suivant, D’orgeix et Bouan s’emmêlent les pinceaux et pointent en avance de plusieurs minutes sur leur heure idéale !
Voilà comment Fred se retrouve de nouveau en tête au soir de l’avant dernier jour, les deux premiers du classement prenant des pénalités !
Nouveau coup de théâtre le dimanche matin : estimant que la faute ne leur incombe pas, Bouan et D’orgeix ont introduit une réclamation pendant la nuit, et le jury de la commission sportive a retiré les pénalités. Quelques heures plus tard a lieu l’ultime spéciale du rallye, à Puget Ville. Fred sort une dernière fois la grosse attaque pour repousser un Pinchedez survolté qui aurait bien envie de prendre sa place sur le podium ;
Fred termine finalement au classement général à la 3ième place, à seulement 12 secondes de Bouan, très beau vainqueur de ce mototour 2006. Vivement l’an prochain !
Après avoir animé aux premiers postes l’édition 2005 du Mototour, Eric et Fred Lejeune pointant respectivement le soir du cinquième jour aux 2ème et 6ème places provisoires du classement général experts, l’équipe Lejeune Motosport a décidé de relever de nouveau le défi de la prochaine édition 2006.
Fort de l’expérience accumulée l’an dernier, le team veut mettre toutes les chances de son côté tant du point de vue de la préparation des pilotes et des machines qu’au niveau de la logistique course.
Suite à l’adaptation du règlement à la norme Française (puissance maxi ramenée à 100CV), notre première tâche a été de reconsidérer le choix des motos.
Exit donc la surpuissante K1200R, il fallait trouver un modèle moins puissant, mais plus léger et plus maniable.
Eric et Fred on ainsi testé deux solutions potentiellement intéressantes : le nouveau boxer sportif R1200S et le supermotard GS 1200 HP2.
Toutes deux élaborées sur base du bicylindre à plat 1200cc de BMW, ces motos peu bridées ( au contraire des japonaises…Haha !) présentent des valeurs de couple très importantes à bas régime, un avantage indéniable dans les spéciales routières.
Après validation sur circuit lors d’ évènements organisés par notre
partenaire Bikers Days, mais également lors d’une épreuve du championnat de
Belgique supermotard, c’est la sportive de la gamme qui a été retenue. Sa partie cycle précise, ses suspensions adaptées à
une utilisation extrême et un moteur très convaincant en version « légale » ont fait la différence face à la maniabilité de la HP2.
Le programme de préparation s’est poursuivi fin juillet avec deux journées d’entraînement sur les circuits d’Albi et de Magny-cours.
L’occasion pour l’équipe technique (Merci Dominique!) de peaufiner les réglages de suspension, et pour Eric et Fred de soigner leurs trajectoires.
Les essais, c’est pour voir si ça passe, non ? Fred a suivi à la lettre le vieil adage, et a pu constater que rentrer la culasse du twin appuyée sur le vibreur du pif-paf d’Albi, ça ne passe pas ! (un enseignement qui lui aura quand même coûté un cuir, une fracture de la malléole et des côtes froissées)
Tout comme de nombreux pilotes qui participaient à ces journées d’entraînement, l’équipe profitait de sa présence sur place pour reconnaître les spéciales routières du coin, aux Cerisiers, Villecomtal (dans laquelle Eric signait des partiels très prometteurs) et Fialesuch.
Apres un petit break d’une semaine, Lejeune Motosport établissait ses quartiers d’été à Carqueirane, près de Toulon.
Objectif officiel : vacances familiales (la plage, les oursins... Vous voyez ?). Objectif avoué : reconnaître les six spéciales routières provençales du col de Murs, Valensole, Allemagne en Provence, le Faron (et ses sangliers…), le col de Bleine et Puget-ville.
Un travail très intéressant en ce qui concerne la découverte des tracés, et qui nous permettait également de nous familiariser avec le road book électronique TRIPY, qui apporte
un confort et une sécurité de conduite indéniables en liaison mais aussi de tester les performances de la nouvelle génération d’ampoules PHILIPS MotoVision, qui apporteront un plus incontestable lors des étapes de nuit.
En résumé, des reconnaissances pleines d’enseignements, des petites bourres mémorables en liaison, des paysages extraordinaires (si si, on a pris le temps de regarder !) et des rencontres hyper sympas, notamment avec Eugène Imbert, dit Néné, (4ème au scratch promos 2005),
un authentique passionné qui nous a régalés de ses
homards au pastis dans son petit resto « Le tournebride » de Solies-ville, en nous donnant tous les détails de la préparation de sa BM F800S, et qui nous a parlé avec beaucoup d’émotion de son ami Thierry Rogier, disparu il y a un an lors des recos du mototour 2005.